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Le "cloud computing" désigne le fait, pour une entreprise, d'externaliser les ressources numériques qu'elle exploite. Plus besoin d'exécuter les applications en interne, ces dernières tournent dans un centre de données externe accessible via internet.

Marie-Anne Peiffer, Usine/Entreprise, Avril 2011
Cloud Computing: ces deux mots semblent omniprésents dans la bouche des acteurs du monde de l’informatique. Mais de quoi s’agit-il réellement? Et quelles sont les implications de cette «informatique dans les nuages» pour les entreprises comme pour les prestataires informatiques? Un changement certes évolutif mais radical? C’est en tout cas l’avis d’Antonio Paci, Solutions Architect chez Systemat Global Solutions, où le changement a été amorcé depuis déjà longtemps.
A la question "Qu’est-ce que c’est, finalement, le Cloud Computing?", Antonio Paci apporte une réponse simple. «Le Cloud Computing, c’est ne plus investir dans des ressources, mais les louer». Avant d’ajouter que, bien entendu, «ce n’est pas si simple que cela». Car si le terme est, en effet, à la mode et si de nombreuses entreprises ont vu le jour, ces dernières années, dans le but de «faire du Cloud», elles n’ont souvent pas le bagage requis.
Antonio Paci: «Systemat n’est pas qu’un Cloud Provider. Nous ne brandissons pas de baguette magique, mais nous sommes dans la vie réelle, sur le terrain, et le Cloud représente pour nous une évolution logique et progressive, entièrement axée sur les besoins des clients».
Convaincre les chefs de PME est une étape révolue depuis quelques années. Facebook, Google, Twitter, MSN, etc., le mouvement est en marche et, selon notre interlocuteur, il s’agit d’un véritable rouleau compresseur. «Je pense que le développement du Cloud va tout changer, tant sur le plan technologique que sur le plan social et économique.» Les chefs d’entreprise ont pris conscience des coûts liés à la maintenance de leur système informatique, ils ont vécu des crash informatiques, ont rencontré des difficultés lors du déménagement de leur entreprise, ont pour projet de fusionner, désirent mettre en place un système de télétravail, etc. Le Cloud apporte une véritable solution à tous ces cas de figure… Et cela, de manière progressive, sans bouleversement.»
PME DANS LES NUAGES?
Face à ces impératifs, le Cloud Computing semble une solution idéale, particulièrement pour les PME. Antonio Paci: «Ce que nous constatons souvent, c’est que la PME qui arrive au bout d’un cycle, voit son serveur devenir obsolète. La question se pose alors à lui: dois-je réinvestir comme je l’ai toujours fait depuis la création de l’entreprise ou y a-t-il une autre solution? Avant, le chef d’entreprise devait tout acheter: le serveur lui-même, les extensions de garantie pour couvrir le temps de fonctionnement estimé du serveur, l’espace disque, les licences, Exchange, la sécurité et le spam, la maintenance avec les mises à jour, etc.: tout cela coûte cher. Sans compter sur le fait que la PME a d’autres chats à fouetter! L’entrepreneur veut exercer son métier, se concentrer sur son core business et non se transformer en informaticien».
Tous ces postes d’investissement (CAPEX) se transforment en postes d’exploitation (OPEX) dans le Cloud, puisqu’il permet au chef d’entreprise de faire fi des dépenses d'investissement consacrées à l'achat de biens et d'équipements pour investir dans des dépenses de fonctionnement destinées à l’exploitation d’un produit ou d’un système.
SECURITE ET MAITRISE DES OUTILS
Souvent citée par les détracteurs du Cloud, la sécurité est bien entendu une question primordiale. En externalisant le serveur, le réseau de l’entreprise est-il sécurisé? Les entreprises ne risquent-elles pas de perdre la maîtrise de l’implémentation de leurs données, ainsi que du cycle de vie des applications? Faut-il craindre le clouding malware (l’infection de réseaux de Cloud Computing)?
«En réalité, il y a deux questions», répond vivement Antonio Paci. «Il y a la question de la sécurité et celle de la maîtrise des outils. Sur le plan de la sécurité, je coupe les ailes au canard et je suis radical: elle est égale ou supérieure dans le Cloud à celle de l’entreprise. Des techniques de sécurité existent aujourd’hui et elles sont proposées à la carte.» Pour illustrer ses propos, Antonio Paci part de l’exemple concret du serveur de messagerie qui se trouve dans l’entreprise. «Le responsable de l’entreprise se pose-t-il des questions sur la façon dont les messages arrivent chez lui? Et sur les éventuelles copies que les mal intentionnés pourraient faire? Non. En réalité, la plupart des problèmes de sécurité ne sont pas nouveaux.» La sécurité, dans le Cloud, est à la carte. «Les clients peuvent demander l’activation de niveaux de sécurité successifs.» Tous les niveaux de sécurité existant dans l’entreprise se retrouvent donc dans le Cloud et c’est la même technologie qui est utilisée.
«Le Cloud propose même des fonctionnalités supplémentaires», précise Antonio Paci. «Sur le plan sécuritaire, avant, quand il y avait un problème, par exemple un logiciel malware rebondissant au sein du système, l’informatique interne subissait un crash et chargeait le lien télécom. Avec le Cloud, si un tel incident survient, il ne touchera plus les utilisateurs internes et, le lien vers Internet n’étant plus exploité dans l’entreprise, il sera libre de fonctionner: c’est le provider qui sera atteint et qui devra assumer.»
MUTUALISATION ET ECONOMIES D’ECHELLE
Nous l’avons compris: un des grands avantages du Cloud est que le client qui a fait ce choix organise les choses comme il le désire. Antonio Paci: «Reprenons le cas de l’Exchange. Soit je l’installe en interne sur un serveur privé (environnement dédié), soit je loue des boîtes sur un serveur mutualisé. Dans cette dernière option, un même serveur alimente plusieurs entreprises, ce qui réduit forcément les coûts.» Une réduction des coûts sérieuse, insiste notre interlocuteur. Surtout pour une PME, avec un faible nombre d’utilisateurs. Les entreprises optent aussi parfois pour un mix serveur dédié et serveur extérieur. «Plus une entreprise opte pour un environnement mutualisé, plus elle va bénéficier d’économies d’échelle.»
Un autre avantage du Cloud Computing est qu’il offre une grande souplesse. Puisque l’on n’est pas dans un schéma d’investissement, le chef d’entreprise mécontent du Cloud peut, à tout moment, «basculer» vers un serveur dédié. Antonio Paci: «Auparavant, l’informaticien devait calculer son budget, et établir un plan financier étalé sur plusieurs années. Avec le Cloud, ce travail parfois ardu n’est plus nécessaire. La question à se poser est de quoi ai-je besoin aujourd’hui? Et dans trois ans, on verra bien.» A tout moment, l’environnement lié au serveur peut-être adapté en fonction des besoins réels de l’entreprise. Economies d’échelle, souplesse… Un avantage supplémentaire du Cloud (et il n’est pas des moindres) est la fin du gaspillage. Le Cloud est, en ce sens, très comparable à ce qui se passe avec la consommation d’électricité: le consommateur se branche, consomme et se débranche quand il a terminé.
Antonio Paci: «Dans la plupart des entreprises, le serveur dédié est utilisé seulement à 30… voire à 20%. Il y a donc tout un aspect économique, mais également un aspect green. Si, à partir d’un point central, un data center, je suis capable de servir jusqu’à 500 entreprises, je vais naturellement réaliser des économies d’échelle: il n’y a plus qu’une seule climatisation à gérer, une seule salle informatique, les techniciens qui s’occupent de la maintenance sont moins nombreux, etc. L’environnement global est partagé sur un très grand nombre d’utilisateurs.»
DITES EVOLUTION, ET NON REVOLUTION
Selon notre interlocuteur, le développement du Cloud Computing va complètement changer la donne, mais sur un plus ou moins long terme. «Tout le monde ne va pas basculer en même temps. On est donc plutôt dans le soft moving et l’on parle d’une évolution plutôt que d’une révolution. Nous répondons au fur et à mesure à la demande du marché et ne devons plus, à l’instar des entreprises, élaborer des plans sur plusieurs années. Nous effectuons donc ce que nous appelons du capacity planning. A tout moment, nous mesurons nos capacités informatiques, nous évaluons nos ressources afin d’être en mesure d’investir dans le Cloud (serveurs, stockage, bande passante, connexions, électricité, etc.). Nous gérons notre centre d’intégration technique en fonction de la prévisibilité du marché.»
Le centre d’intégration technique de SYSTEMAT se situe au cœur de la Wallonie, à Jumet. Cette infrastructure (appelée aussi dans le jargon «ferme de serveurs») doit être soignée sur le plan électrique (groupe électrogène, redondance, etc.), sur le plan de la connectivité vers Internet (bande passante, contrôle, etc.) mais aussi, sur le plan de l’administration et de la maintenance & sécurité. Tous ces aspects sont dimensionnés afin d’être en mesure de servir un grand nombre de clients à la carte. Antonio Paci: «Les grands prestataires Cloud packagent très fort leurs services; ce n’est pas le cas chez nous. Nous sommes très souples, nous sommes presque des artisans du Cloud. Il n’y a pas deux contrats identiques.» Dans cette infrastructure travaillent les ingénieurs, techniciens, spécialistes, etc. «Sur le plan gestion de la consommation, actuellement, c’est la virtualisation (c’est-à-dire le fait de pouvoir tourner plusieurs serveurs en réseau dans une même entité physique) qui nous permet d’optimiser la charge sur des serveurs physiques, y compris la consommation électrique et la consommation de climatisation.»